Une page de notre histoire.
Après toutes ces années, inutile de présenter le grand Vic Chesnutt, de reparler des accidents de sa vie, du parrainage de REM et autres anecdotes régulièrement récitées... C’est plus l’occasion de se remémorer la joie éprouvée, un jour comme un autre, en dénichant Is The Actor Happy (son indémodable et magnifique album sur lequel on aura, comme tant d’autres, usé nos oreilles et fait nos armes) en vinyle dans les bacs d’occasion d’un disquaire ridé... On avait par la suite perdu le bonhomme en chemin alors qu’il cherchait à grossir ses compositions, pour le retrouver le temps d’un The Salesman and Bernadette, bien entouré de Lambchop. Puis quoi ? Le grand silence ? Non, plutôt l’inattention... Aujourd’hui, à l’idée de retrouver notre vieille connaissance chez Constellation, label d’une autre - plus récente - génération musicale, semble suspecte de prime abord. Les chansons généreuses du bonhomme, plombée par la grandiloquence maladive de GY !BE ? Un peu, enfin, non, pas vraiment. Enregistré, à l’instar de la plupart des disques du label montréalais, à l’Hotel2Tango, North Star Desester voit les mélodies traumatiques de Chesnutt et sa voix de canard (plus expressive que jamais) se faire accompagner par les musiciens maison : des membres de Thee Silver Mt. Zion, Frankie Sparo, Hangedup sont notamment de la partie. Du coup, ce qui aurait pu ressembler de loin à un sacrilège, ou pire, à une gentille rencontre inter-générationnelle, ressemble davantage à une photographie de famille de près. Les camarades de tristesse de Chesnutt ne tirent pas la couverture à eux, et arrangent l’essentiel d’un rien d’électricité, d’acoustique, de voix. Produit par... un réalisateur de film (le vieux copain Jem Cohen), l’âpre et entier North Star Deserter (contenant une belle reprise de Nina Simone, Fodder On Her Wings) offre le second souffle que Vic Chesnutt semblait chercher depuis longtemps, et porte son auditeur loin dans l’émotion. stephane - www.autresdirections.net www.vicchesnutt.com