Une page de notre histoire.
Bertold Brecht / Patrick Pineau d’après La Noce chez les petits bourgeois de Bertold Brecht Jeudi 1er avril à 20h30 Le sérieux d’en rire et d’en faire rire, transgression, dérision, l’ironie comme arme de combat contre les idéaux trompeurs. La noce du pire Dans La Noce, tout a été préparé comme il faut : mariés et invités ont revêtu leurs habits de fête, les hôtes ont prévu un repas de noce digne de ce nom, l’ami a préparé son discours. Les invités essaient d’être conciliants et sociables. Tout le monde tente de produire l’ambiance festive sans laquelle une noce ne saurait être réussie : on rit, on chante, on danse, on boit. Mais ces préparatifs et ces efforts ne parviennent pas à faire que la noce soit réussie. La pièce commence à peine que le repas est déjà, pour certains du moins, en partie gâché. Tout se passe comme si les hôtes et les invités ne parvenaient pas à se défaire d’eux-mêmes, ni à jouer vraiment le jeu. Il leur est trop difficile à chacun de cesser, ne serait-ce qu’un moment, d’être soi et peu à peu leurs forces pour jouer le jeu les abandonnent. La suite n’est qu’une succession de ratés et de mini catastrophes qui prennent une ampleur grandissante, jusqu’à ce qu’on en vienne aux mots et aux mains. Grossièretés, vulgarités, propos déplacés, insultes se multiplient. Ils se blessent, s’attaquent, s’accablent mutuellement de reproches, se torturent, se méfient les uns des autres, guettent la faute, traquent la faiblesse. On assiste à une véritable guerre dans laquelle nul ne peut compter sur personne, où les rares tentatives de diplomatie achoppent devant une force furieuse impossible à contenir. L’impression devant ce huis-clos est d’être devant un bocal dans lequel ont été réunis des poissons carnivores de la même espèce qui s’entredévorent, allant même jusqu’à s’attaquer au bocal lui-même dans une furie destructrice, mais sans que cela ne les empêche, au final, de se reproduire. La principale arme est le langage. Mots qui tuent et phrases assassines se succèdent sans répit aucun, si ce n’est des silences qui expriment la gêne ou l’ennui, et l’un des objets de la lutte est de parvenir à faire taire l’autre, et, si possible, à le réduire définitivement au silence. La fin de la pièce permet de voir l’envers du décor, comment on parle des autres en leur absence, et comment on se parle quand on n’est plus en représentation mais seul, et c’est édifiant. La question des conventions, de ce qui est convenable ou au contraire inconvenant de faire ou de dire est omniprésente. Ils se surveillent, se critiquent et se corrigent mutuellement, et celle qui est la plus sensible au propos ou aux attitudes déplacés est la mariée, celle-là même, qui, comble de l’inconvenance, est déjà enceinte. L’importance donnée à des riens – réputation, apparence, argent, propriété – est pour une bonne part responsable des souffrances des uns et des autres. (…) Le fin mot de l’histoire est que l’on peut s’accommoder du pire, et il y a d’ailleurs quelque chose d’étrangement fascinant dans ce dénouement. Magali Rigaill Patrick Pineau dans une mise en scène concise et rigoureuse nous donne à voir toute la violence ordinaire des rapports humains et avec Brecht prend le parti d’en faire rire et c’est en faisant rire de ce que dans la vie nous sommes dans l’obligation morale de respecter que la subversion opère.